
L'Amour des Trois Oranges Serge Prokofiev Opéra en quatre actes Livret du compositeur d'après l'adaptation de Meyerhold de L'amore delle tre melarance de Carlo Gozzi. Direction musicale: Balazs Kocsar Mise en scène: Andreas Homoki Décors: Frank Philipp Schlössmann Costumes: Mechtild Seipel Eclairage: Franck Elvin Choeurs: Kurt Bikkembergs Le roi de trèfle: Kurt Geysen Le Prince: Martial Defontaine La Princesse Clarice: Sophie Marilley Léandre: Romain Bischoff Truffaldino: Sergeï Khomov Pantalon: Marc Claesen Le mage Tchélio: Chris de Moor Fata Morgana: Rolande Van der Paal La Princesse Ninette: Marie-Noëlle de Callata La Princesse Nicolette: Anja Van Engeland La Princesse Linette: Hendrickje Van Kerckhove La cuisinière: Piet Vansichen Sméraldine: Madeleen Ijsselmuiden Farfarello: Jan Carpentier Le Héraut: Fabrice Deroo Orchestre Symphonique et Choeurs du Vlaamse Opera |
|  Représentation du premier juin 2003
|
 | L'Amour des trois oranges est sans conteste l'opéra le plus connu de Prokofiev. L'idée de l'écrire lui vint du célèbre et révolutionnaire metteur en scène Vsevolod Meyerhold, qui avait découvert la pièce de Gozzi (1761) grâce à Apollinaire, et en avait fait le titre de sa revue d'avant-garde (titre aussi de l'actuelle revue de l'Association Prokofiev). Juste avant son départ pour l'Occident, Prokofiev en avait reçu un exemplaire, et Meyerhold lui avait conseillé de s'en inspirer. Arrivé aux States, le compositeur tenta d'imposer son Joueur, en vain. Il décide alors de suivre l'avis de Meyerhold et termine L'Amour des trois oranges en octobre 1919. Après quelques péripéties, l'opéra fut créé le 31 décembre 1921 au Chicago Opera, grâce au soutien de la nouvelle directrice, Mary Garden, la créatrice de Mélisande et de Louise. Le succès public fut grand, mais la critique acerbe, reprochant, comme toujours, l'absence de mélodie. Aujourd'hui, l'on ne peut être que charmé par l'invention étourdissante du musicien, et l'habileté originale du livret. L'Opéra flamand avait décidé de remonter l'oeuvre, dans le cadre du 50ème anniversaire du décès de Prokofiev, et dans la version de la création, à savoir en français. Cette version nous était déjà connue par l'excellente production lyonnaise de Kent Nagano, enregistrée chez Virgin. Electrisés par la direction très précise du chef hongrois Balazs Kocsar, l'orchestre et les choeurs ont offert une fête musicale inouïe, déchaînant l'enthousiasme d'un public très nombreux, qui leur a réservé une «standing ovation» totalement méritée, à l'issue de cette dernière d'une série de dix représentations. L'orchestration pointue mais rutilante du compositeur porta les quelques quinze solistes à livrer le meilleur d'eux-mêmes, tant vocalement que scéniquement, aidés par une direction d'acteur impeccable, ne laissant aucun temps mort à une action finement enlevée. Le couple central formé par le Prince et Truffaldino était particulièrement remarquable par son entrain et sa vitalité (Martial Defontaine, Sergeï Khomov), tout comme l'excellent Pantalon de Marc Claesen ou la belle actrice suisse Sophie Marilley en princesse Clarice. A épingler également le toujours aussi grave Chris de Moor en mage Tchélio et l'adorable Marie-Noëlle de Callata en princesse Ninette. Manquant parfois un rien de puissance, les rôles de Fata Morgana, la Cuisinière, du Roi de Trèfle et de Léandre étaient parfaitement crédibles scéniquement. Rien à dire en ce qui concerne Sméraldine, Farfarello ou les deux premières princesses. Les décors étaient limités... aux accessoires: coussin princier, épée, louche géante, oranges évidemment, toute l'intrigue étant soutenue par les étonnants éclairages de Franck Evin, dont les coups d'éclat lumineux scandaient l'action (par deux fois, la salle même fut illuminée, faisant du public un acteur gigantesque et instantané). Chapeau aussi à l'accessoiriste qui réussit une désopilante métamorphose de la princesse Ninette en rat géant à l'acte III. Il ne faut évidemment pas oublier les quatre groupes de choristes commentant le «drame», promenant avec eux deux immenses livres de 'tragédies' et de 'comédies'. Particulièrement les «Lyriques», si émus (à quel degré ?) lors du duo d'amour. Tout joyeux, et follement applaudi, Balazs Kocsar reprit la célébrissime marche durant les saluts au rideau. Voilà un spectacle parfait, dont on sort réjoui et heureux. Bruno Peeters This text first published here L'Amour des Trois Oranges on Vlaamseopera web site More pictures Back |  |