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Serge Prokofieff Jr. (Traduction J. L.)

Le 5 décembre 2011, sur le site internet de l'ancien organe soviétique "Komsomolskaia Pravda" (La Vérité Komsomol) a été publié un article d'une journaliste de ce journal, collaboratrice du département de la culture (Anastasia Plechakova), dont la contenu est provocant par son manque de talent et par la démonstration de sa complète incompétence en la matière, en outre particulièrement offensant pour certaines personnes dont elle parle, en particulier pour Lina Prokofiev, ma grand-mère, épouse du compositeur Serge Prokofiev, mon grand-père. Ayant lu l'article, j'ai adressé un courriel au rédacteur principal du journal, mais ni le jour même, ni dans la semaine, ni au bout d'un mois, ni après trois mois, pas de réponse, rien.

L'article ayant suscité mon indignation a paru une 2e fois le 23 mars 2012 (toujours accessible en juillet 2012).

Jai envoyé mon premier courriel au rédacteur en chef le 8 décembre 2011. Un deuxième, le 12 janvier 2012. Leur surdité et l'incapacité de percevoir la critique me poussent à rendre public ci-dessous le contenu de cette lettre.

Au rédacteur en chef du journal "Komsomolskaia Pravda" V. N. Soungorkin

7 décembre 2011

Monsieur le Rédacteur,

Je m'appelle Serge Prokofieff, je suis le petit-fils du compositeur Serge Prokofiev.

Objet de ma lettre: l'article de votre collaboratrice A. Plechakova "Serge Prokofiev et la danse avec les coussins" (matériau complémentaire sous le titre "Grands compositeurs – Collection unique. Serge Prokofiev") publié le 5 décembre 2011.

Аnastasia Plechakova écrit que Serge Prokofiev est son compositeur préféré. Je me permets d'en douter. Au début de son récit, elle écrit que "... enfant, j'ai vu le ballet 'Romeo et Juliette' à la télévision…" – Je pense que comme connaissance du sujet, c'est un peu court. Sinon, Mme Plechakova ne se serait pas permis d'écrire les sornettes qui suivent. Sa fantaisie débridée, en particulier en ce qui concerne les femmes, ne mérite même pas une critique parce qu'elle montre l'ignorance de l'auteur au sujet du matériau à disposition – ni la vie, ni la personnalité, ni l'œuvre de Prokofiev ne sont pris en considération.

Considérons quelques lignes en détail (toutes les remarques ont été adressées à l'auteur; vous, en tant que rédacteur, ne pouvez considérer ceci comme étant des bagatelles.).

"En 1918, Serge Prokofiev partit en tournée à l'étranger et y resta 15 ans. Ce n'est qu'en 1936 qu'il revint dans sa patrie".

1918+15 = 1933. Prokofiev demeura 18 ans à l'étranger, et non pas 15.

"Non seulement il n'eut pas à subir de répression, mais fut accueilli en patriote et reçut les honneurs officiels."

En fait, les autorités l'invitèrent à rentrer; il n'est pas tout simplement retourné au pays. Les gouvernants en avaient besoin. "Notre Prokofiev" – disait Staline, comme d'une valeur. Prokofiev était naïf, croyait en l'honneur et tous les biens qu'ils promettaient; une fois rentré, il ne lui fut plus possible de changer quoi que ce soit.

"Bien sûr, sa première épouse Lina Codina fut convaincue d'espionnage et se retrouva dans un camp, mais excusez, c'était de sa propre faute."

Phrase abjecte, un comble de cynisme! Après une telle déclaration, il faudrait à tout jamais interdire à Anastasia Plechakova d'écrire le moindre mot. "De sa propre faute"! C'est répugnant! S'il était possible de vous replacer dans ces temps lointains, camarade Plechakova, vous comprendriez à qui tout était la faute. Si vous ne comprenez pas cela maintenant, c'est que vous ne comprenez rien. Vous auriez pu vous intéresser aux occupations de Lina, chercher à savoir comment elle vivait durant les années de guerre; pouvait-elle dans ces conditions tenir un "salon" (!!!). Bien sûr qu'elle fréquentait les étrangers, l'étant elle-même, par ses origines, son éducation et par son mode de penser; elle parlait six langues. Pas comme vous, avec votre optique komsomolskienne sur les questions de culpabilité.

"Elle était cantatrice, n'avait pas réussi dans sa carrière, tout en étant terriblement ambitieuse. Elle n'était certainement pas disposée à s'investir dans la vie spirituelle de son mari…"

D'où avez-vous pris ces détails stupides? Produit de votre réflexion? Oui, sans doute. Pour votre gouverne, sachez qu'à part Lina, personne d'autre n'occupait la moindre place dans les pensées de Prokofiev. Lisez le "Journal" de Prokofiev! Celui ou celle qui n'y connaît rien – comme vous par exemple – y trouve bien des informations utiles. Lisez le livre de V. N. Tchemberdji, "Le 20 siècle de Lina Prokofiev", très utile également. Oui, Lina était indiscutablement une personnalité. Instruite, cultivée, élégante et belle. Il était difficile de rivaliser avec elle sur le plan de l'éloquence, libre et indépendante, parler comme elle pouvait le faire de musique, en premier lieu et tout naturellement, de la musique de son mari – Serge Prokofiev.

"Autre chose: la 2e épouse du compositeur, la poétesse Mira Mendelsohn – qui fut immédiatement conquise par le génie de Prokofiev"

En effet, voici vraiment tout autre chose. Jusqu'à son apparition, personne ne s'était donc avisé du génie du compositeur! Elle seule en était capable! Et cette journaliste prétend s'occuper de culture! Mme Mendelsohn, poétesse? Avez-vous lu ses vers? Vous ont-ils plus? Passons…

"Dans ses yeux on pouvait lire une continuelle fierté et ravissement, elle vivait seulement dans l'intérêt de son mari…"

Ceci n'est point de l'enthousiasme sans bornes, mais c'est de l'obséquiosité. Mme Mendelsohn, une souris grise, pour "l'œuvre" de laquelle la langue se refuse d'utiliser le mot de "poésie", dont les vices étonnent compte tenu du fait qu'elle a fréquenté l'institut de littérature. Une ombre pâle, manquant d'attrait, qui à proprement parler n'est pas à la hauteur de Prokofiev. "Elle vivait seulement dans l'intérêt de son mari" – bien sûr, il était célèbre et en vue; jusqu'alors, elle n'était rien. Et est restée une parfaite inconnue.

"Mira se comportait de manière idéale, traitait les fils de Prokofiev avec affection…."

Que veut dire "se comporter de manière idéale"? Cela signifie peu de chose. Elle ne se mêlait de rien. Elle n'était pas courageuse. En ce qui concerne l'affection envers les fils – vous avez manqué votre coup. Non ce n'était pas ainsi et ne pouvait l'être; vous pouvez vous en convaincre ne serait-ce qu'en lisant les mémoires de cette personne médiocre. On l'y voit secrètement détester les deux fils, de la même manière qu'elle déteste leur mère Lina qui jusqu'à un certain point lui devait de s'être retrouvée dans un camp.
Auquel elle survécut par ailleurs.

"… elle s'accrochait aux deux rôles, elle était la personnification de ce type de femme que Serge Prokofiev adorait…"

Comme si cela ne suffisait pas que Mme Mendelsohn prétende jouer les premiers rôles! Pour le reste – qu'est-ce que vous vous imaginez? Que vous connaissez les types de femmes qui plaisaient à Prokofiev? Vous ne savez rien du tout, car vous n'avez point lu son "Journal". Sinon vous n'écririez pas de telles bêtises. Parce que c'était les personnes brillantes et ayant du tempérament qui lui plaisaient. Comme Nina Mechtcherskaya, Stella Adler, Dagmar Godovskaya. Voilà le genre de femmes qu'il aimait. Mais celle du genre de Mme Mendelsohn n'entrait même pas dans son champ de vision. Ce qu'il lui est arrivé à l'âge adulte est un malentendu. Mais pas inexplicable. Deux fortes personnalités telles que Lina et Serge Prokofiev ne peuvent vivre sous un même toit. C'est un mélange trop explosif. Mais Mme Mendelsohn… le calme, le repos, personne ne dérange… Chut! et le silence s'installe! Dans ce contexte, il n'est pas nécessaire d'inventer ce qui plaît et ce qui ne plaît pas.

"…Ce type de femmes – la tendre Juliette et Cendrillon toute d'abnégation – il les a décrites dans ses ballets. Ensuite il raconte avec limpidité…"

Vous l'a-t-il raconté personnellement? De ce qu'il aurait prétendument "raconté et décrit avec limpidité" dans ses ballets? Ça n'est certainement pas votre tasse de thé !
Seule une fantaisie maladive peut imaginer que le ballet "La Fleur de pierre" dépeint les liens réciproques liant Prokofiev aux deux femmes! Vos "distributions de rôles" frappent par votre ignorance et les analogies idiotes et non différenciées. Il n'est pas donné à tout le monde de délirer à ce point, à la rare exception de quelques « élus », capables de deviner des messages chiffrés et limpides du compositeur là où en effet il n'y a aucune allusion à ce sujet.

"… L'éminent compositeur a terminé sa vie pratiquement dans la misère dans un logement communautaire …"

A propos de la pauvreté, vous pouvez repasser... Lauréat de six Prix Staline… dans la misère! Oui, certes, des difficultés, mais pas de pauvreté. Votre admiration pour votre compositeur préféré n'exige pourtant pas de mentir pour faire de belles phrases!

"Par ironie du sort, il est mort le même jour et la même année que Joseph Staline – le 5 mars 1953. En raison de cette circonstance, sa fin est restée pratiquement inaperçue."

Le couronnement de votre article – le cliché type, reproduit des milliers de fois partout et toujours depuis 1953. Je pense que si vous aviez fait quelque recherche, vous auriez pu trouver cette fin mot à mot.
Les copieurs – on ne les croit pas. Vous avez copié.

Il est étonnant que la terre puisse supporter des gens comme vous. N'avez-vous pas une goutte de conscience pour - après avoir déclaré que Prokofiev est votre compositeur préféré - mentir ensuite effrontément. Je vous révoquerais si j'en avais les possibilités. Mais bien pis, rien n'a changé à la Komsomolskaia Pravda – tout est possible, comme du temps soviétique, en toute impunité.

Sans le moindre respect,

Serge Prokofieff Jr.

 

 

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3 AUGUST 2012