sprkfv.net

BELLAMYBOOKstop

Pas si bel ami по-русски

Serge Prokofieff Jr

Olivier Bellamy est un journaliste et écrivain, animateur de l’émission "Passion Classique"
sur Radio Classique.
Il a publié récemment son premier "roman" ("Dans la gueule du loup", Éditions Buchet / Chastel).

Le camarade Olivier Bellamy est journaliste. Journaliste et écrivain sont deux métiers distincts. Mais ils ont une caractéristique en commun: il faut avoir du talent. J'ignore si le camarade Bellamy est doué en tant que journaliste, mais je suis sûr et certain d’une chose—il est nul comme écrivain. Pis encore, il n’est pas simplement nul, au contraire, il croit d’une façon maladive en son talent et son originalité.

Il a défini le genre de son œuvre comme "roman". Le concept de roman en tant que genre littéraire est assez vaste. Pourtant je doute que cela puisse s'appliquer au récit basé sur les faits réels de la vie de personnes réelles, mais déformés et écorchés à tel point que n’importe quel lecteur, connaissant un tant soit peu la biographie de Serguei Prokofiev, pourrait sans hésiter classer l’auteur parmi les aliénés.

On ne peut pas définir ce livre comme fantaisie sur un thème ou interprétation des évènements d'un point de vue personnel. Non, l'auteur déforme les phrases prononcées en réalité et attribue à Prokofiev les expressions qu'il n'aurait jamais pu avoir dite—soit par son éducation, soit en raison de sa sensibilité, soit à cause des circonstances dans lesquels il se trouvait. Dans ces passages de son texte l'auteur démontre d'une façon évidente son ignorance totale de l'histoire de l'URSS concernant la période qu'il décrit. A commencer par des détails (les volets aux fenêtres à Moscou!) pour finir par la nature des expressions qu'il impute avec prodigalité à Prokofiev, l'auteur dépasse toutes les limites permises à l’égard de personnes dont il ne pourra jamais atteindre le niveau. Dans son délire créatif, l'auteur ne se rend pratiquement pas compte du fait que pour de pareilles paroles, soi-disant prononcées par Prokofiev, à l'époque on ne vous envoyait pas aux Gulag, mais on vous fusillait sans procès ni enquête… De la part du camarade Bellamy ce n'est qu’une offense aux centaines de milliers de victimes des répressions staliniennes. Mais il ne le comprend pas ou, pour des raisons obscures, il considère possible d’écrire ainsi. Or d'où vient cette liberté? Je ne crois pas qu’il soit capable d'imaginer toute cette horreur de la vie en URSS de l'époque. Ce fut l'horreur pour tout le monde, indépendamment de l'âge, du sexe ou de toute autre particularité.

D'ailleurs, le problème "sexuel" manifestement préoccupe le camarade Bellamy! Tiens donc? Pourquoi (et à quel titre) décrit-il ces détails "spécifiques" des relations de Prokofiev et Poulenc? Ou encore le même thème dans la description de sa rencontre avec Richter? (Les torses nus en sueur…) Camarade Bellamy, avec de tels "talents" vous feriez mieux de scribouiller pour les torchons spécialisés, les tirages y sont plus grands et les exigences moins élevées.

L'épisode de la rencontre de Jdanov, Prokofiev et Chostakovitch, telle qu’elle est présentée par l'auteur, n'est qu'un tableau clinique de forme aiguë de schizophrénie! Aucune personne qui a survécu au stalinisme ne pourrait imaginer une chose pareille même dans ses fantasmes les plus hardis, même pour un instant! Mais le camarade Bellamy, lui, a pu. Aisément.

En règle générale, en cours de la narration l'auteur s'autorise incessamment à déplacer les évènements réels soit dans le temps, soit dans l'espace en les déformant de son propre gré. J’ai déjà parlé de la paternité des phrases réelles placées dans d’autres bouches. Permettez, mais qu'est-ce que ça a à avoir avec la littérature? C'est un phénomène connu, et il a un nom tout à fait défini. Cela s'appelle la diffamation. La diffamation et le mensonge—voilà les définitions exactes. De pareilles actions sont punies juridiquement. La création n’y est pas. En revanche, il y a plus qu’assez de motifs pour un procès.

Selon le camarade Bellamy, Serguei Prokofiev buvait la vodka comme un trou et fumait comme un pompier… Et cela avec son hypertonie aiguë qui est survenue assez tôt et qui, en fin de compte, a contribué à son décès avant l’heure… Ça, c'est l'imagination créatrice? Non. Alors, comment s'appelle ça? Je vais vous le dire, ça s'appelle outrage à l'identité d'un défunt. Quand on croit que tout est permis. Parce qu'il n'y a personne qui pourrait vous casser la gueule. Quand la cible de l'outrage est plus faible. Ou quand elle est morte. Mais ce ne sont que les salauds qui croient cela! Tels que, par exemple, le camarade Bellamy, journaliste, salaud. Dans ce cas précis, l'emploi du mot "salaud" ne peut pas être considéré comme insulte de ma part. Dans le livre du camarade Bellamy il y a 180 pages et chacune comporte beaucoup de mots. Il n'y a pratiquement pas une page qui ne porte mes notes, corrections et points d’exclamation exprimant ma perplexité et mon indignation. Pour moi, presque toutes ces pages sont des injures de la part de l'auteur à moi personnellement, ainsi qu’à toute la famille du grand compositeur russe Serguei Prokofiev, mon grand-père.

Le texte sus-écrit pourra attirer l’attention de lecteurs peu exigeants au "chef-d’œuvre" du camarade Bellamy et de cette façon faire une sorte de publicité à l'auteur. Alors je veux mettre en garde les éventuels intéressés—vous perdrez votre temps pour rien et, au lieu d'un roman historique captivant vous serez contraints à avaler un mauvais ragout fait de produits avariés. Avec toutes les conséquences qui en découlent. Au propre comme au figuré.

Quant à l'impact réel de ce "ragout", les gens qui ne connaissent rien de la biographie du compositeur pourront prendre ce qui est écrit pour la vérité et la "colporter". Puisque les noms des personnages sont vrais… Et cela sera le plus grand mal, en effet, le mal réel et implacable. Parce qu'il est extrêmement difficile de convaincre quelqu’un qui se trompe.

Sur Prokofiev, on a déjà écrit assez de sornettes, mais pas encore sous forme de roman. On a présenté, depuis longtemps et pour diverses raisons, certains faits de sa biographie d'une façon erronée. Depuis, plusieurs erreurs ont été corrigées et la publication des "Journaux intimes" de Prokofiev a apporté des éclaircissements de la part de leur auteur lui-même. Pourquoi recréer une confusion à si grande échelle, et, de surcroit, de cette espèce médiocre et délirante, en se cachant derrière la terminologie littéraire? A quoi sert un tel "roman" qui, en premier lieu, fait douter de la santé psychique de son auteur mais au fond n'a strictement rien à voir avec la littérature au sens propre du terme?

Il est écrit quelque part que c'est le premier roman du camarade Bellamy. Il est évident qu'il ferait mieux d'éviter de prendre la plume. La mauvaise littérature surabonde. Il est inutile d'en rajouter une lecture de poubelle de la pire espèce par dessus tout.

P.S.
A sa page d'accueil de Facebook, en photo de couverture, le camarade Bellamy a cru bon publier la photo de famille des Prokofiev—Serguei et Lina avec leurs fils Sviatoslav et Oleg. En bas, à gauche, il y a l'avatar de l'auteur, i.e. du camarade Bellamy. C'en est trop! Vous dépassez les bornes, camarade Bellamy! Vous n'avez aucun droit de vous associer à notre famille, surtout après avoir écrit votre livre immonde dans lequel vous faites outrage à cette même famille de plein fouet !

bellamyfb

P.P.S.
Cette photo a été retirée par le modérateur de Facebook. Mais il en reste un arrière goût amer.

BACK

16 OCTOBER 2013