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La Revue des deux mondes, fondée en 1829, est la plus ancienne revue française, un nombre considérable d'auteurs célèbres des 19e et 20e siècles y ont publié des textes.

Président de la revue:
Marc LADREIT DE LACHARRIERE
Rédacteur en chef :
Michel CRÉPU


Journal (1907-1933)
de Serge Prokofiev,
Editions SPRKFV, Paris, 2002.


Extraits traduits par Laetitia Le Guay
pour
La Revue des deux mondes (février 2006)

 

Prokofiev a dit que s'il n'avait pas été musicien, il aurait été écrivain. Edité en russe, encore inédit en français, son Journal (1907-1933) est un merveilleux document. Tout à la fois récit de ses activités, creuset de ses réflexions, carnet de bord de sa création musicale, témoignage sur son époque, miroir de ses états d'âme, le Journal alterne les tonalités : enthousiastes et énergiques, mais aussi sombres ou inquiètes, révélant un Prokofiev plus subtil que l'image que l'on en donne parfois.
     On sent dans ces milliers de pages (près de 2000 dans l'édition russe) un évident plaisir d'écrire. Prendre la plume régulièrement, tout en menant une triple carrière de compositeur, pianiste et chef d'orchestre, était une gageure. Sans compter que Prokofiev voyageait sans cesse ("Ah, comme j'aime voyager!", s'exclame-t-il en octobre 1913), et que sa vie sociale et affective - puis familiale - a toujours été très riche.
     Prokofiev avait très probablement des ambitions littéraires en tenant son Journal. La littérature était trop importante pour lui pour qu'il en fût autrement. Il supervisait ses livrets d'opéra quand il ne les faisait pas lui-même, accordait la plus grande attention aux rapports entre texte et musique dans ses oeuvres, lisait beaucoup et a beaucoup écrit : articles, autobiographies , petits récits, etc. Les talents de plume de Prokofiev sont sensibles dans son Journal. Le "style Prokofiev", c'est une grande vivacité, un goût pour l'anecdote, un sens du portrait, beaucoup d'humour, sans oublier l'art de suggérer un paysage par des notations brèves. Ces dernières, nombreuses, témoignent de la place essentielle de la nature pour le compositeur.
     En janvier 1917, Prokofiev a 25 ans. Avec une vingtaine d'opus à son catalogue - dont la célèbre Suite Scythe et le Deuxième concerto pour piano qui soulevèrent des tollés à leur création , - le compositeur fait partie des figures montantes de la jeune musique russe. Qualifié de "moderniste", il intéresse des personnalités aussi variées que Diaghilev, qui lui a déjà passé commande, Balmont, Meyerhold, Maïakovski.
     Les pages qui suivent n'ont pas été écrites au jour le jour. Il arrivait à Prokofiev, à certaines périodes chargées, de rattraper son retard en revenant de façon synthétique sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Le propos n'en est pas moins vivant. Il est seulement tiré davantage du côté des mémoires que du journal à proprement parler.
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11 FEVRIER 2006